Petits matins

par poutouxvero.over-blog.com  -  1 Décembre 2010, 18:25  -  #Atout vent

C'est l'hiver, pas tout à fait, et  les jours sont longs bien qu'ils soient courts. Surtout, certaines fois j'ai l'impression que le  soleil ne va pas se lever. Ce matin j'ai encore joué à me dire que la nuit  resterait à jamais.   

Ce matin là, je suis sur la route, je roule vers Ham, drôle de nom...C'est un petit village au fin fond de la Somme mais suffisamment important pour qu'il y ait une école et des enseignants que je vais rejoindre.

Quittant l'autoroute qui fausse nos repères, me voilà sur une route de campagne  et je peux assister tranquille à ce jour qui se lève enfin. Je m'intéresse à ce noir qui se retire, qui laisse  très doucement apparaître les premières nuances de couleurs. Il faut tendre l'oeil pour discerner, sortant de cette masse noire,  les premières nuances plus claires mais qui sont encore très sombres. Le marron de la terre retournée, le noir des troncs, le ciel  encore gris noir. Peu à peu les formes se distinguent, mais les couleurs ont encore du mal à se donner à voir. Il n'y a pas assez de lumière. C'est comme si le jour ne voulait  pas faire de bruit, arriver sur la pointe des pieds. La terre est trop froide, veut elle se réchauffer un peu ? Ou veut elle pour son repos, le manteau nocturne ?

 Et dans ma tête, le contraste se fait  avec le lever du jour sous les tropiques. Comme une musique et une mise en scène à l'opposé, c'est normal puisque j'avais la "tête en bas".là bas, c'est tout d'un coup, le jour est là : le soleil déjà chaud, les couleurs éclatantes et le chant du jour explose en fanfare.

C’est un autre matin. Je suis dans un TGV et là je découvre que le noir a cédé la place à un blanc qui distingue à peine une ligne d’horizon. Tout est blanc. Avec la vitesse, c’est à peine si une route enneigée se dessine, quelques poteaux électriques surgissent et disparaissent. Je suis dans une boite si rapide que je ne sens pas l’air froid et humide. Je ne peux pas appeler de toutes mes forces que la lumière vienne éclairer et redonner vie à ce blanc et aux couleurs qui émergeront alors.

Le tout noir et le tout blanc de ces petits matins nous privent des couleurs du monde, de leurs nuances fines et délicates. Nos pensées toutes noires ou toutes blanches nous masquent aussi la complexité infinie des âmes humaines, entre jour et nuit, entre amour et haine, il y a tant de nuances.

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